À Majorque, la contestation vise moins les voyageurs que le modèle touristique qui transforme l’île au point d’en éloigner ceux qui y vivent. L’idée centrale n’est pas de fermer la porte aux visiteurs, mais de dénoncer une organisation du tourisme qui finit par déposséder les habitants de leur territoire et de leur place dans la vie locale.
Cette critique met en lumière une contradiction de plus en plus visible : une destination peut être économiquement attractive tout en devenant difficile à habiter pour sa propre population. Quand le tourisme prend une place dominante, il ne se limite plus à faire vivre un lieu ; il peut aussi en modifier l’équilibre, les usages et les conditions de vie au point de pousser des résidents vers la sortie.
Face à cette situation, le débat fait émerger la figure du « touriste conscient de son impact ». Cette approche repose sur une idée simple : le fait de payer un séjour, un hébergement ou une activité n’efface pas automatiquement les conséquences sociales et territoriales de ces choix. Certains modes de voyage peuvent alors cesser d’apparaître comme neutres, voire comme moralement acceptables, si leurs effets aggravent les difficultés des habitants.
Le cas de Majorque illustre ainsi une remise en cause plus large du tourisme de masse. La question n’est plus seulement de savoir combien de visiteurs une destination peut accueillir, mais dans quelles conditions elle peut rester vivable pour ceux qui y résident. Au cœur du débat se trouve désormais une exigence nouvelle : voyager en tenant compte de l’impact réel de sa présence sur les lieux et sur les communautés locales.