À Cuba, l’idée selon laquelle le « son » aurait disparu ne relève pas seulement d’un débat musical. Le sujet est présenté comme une question politique, tant cette musique occupe une place centrale dans l’histoire culturelle du pays. Derrière cette controverse, c’est aussi la manière de raconter Cuba, sa mémoire et son identité qui se joue.

Le son cubain est souvent décrit comme l’une des racines majeures de la salsa. Il s’est construit à partir de multiples fusions culturelles, nées dans le contexte violent de l’esclavage et de ses héritages. Cette profondeur historique explique pourquoi le genre dépasse largement le simple cadre de la fête : il renvoie à des circulations, des métissages et à une expérience collective cubaine.

L’arrivée de la Révolution a nourri une autre lecture de cette histoire. Elle a été accusée, selon cette vision, d’avoir mis fin à une certaine légèreté festive et à l’émulation musicale associée au son. La disparition supposée du genre devient alors un récit politique, utilisé pour juger une période et ses effets sur la vie culturelle de l’île.

Parler du mythe de la disparition du son, c’est donc interroger la frontière entre réalité musicale et interprétation idéologique. Le débat ne porte pas seulement sur un style né à Cuba et lié aux origines de la salsa, mais sur la façon dont la culture est mobilisée pour lire le passé et le présent cubains.