L’idée selon laquelle les individus se regroupent avec leurs semblables n’a rien de nouveau. Mais elle prend aujourd’hui une dimension particulière avec la montée de l’entre-soi des catégories les plus favorisées. Selon cette analyse, la richesse tend désormais à primer sur d’autres critères de distinction sociale et à structurer plus fortement les modes de vie comme les lieux d’habitation.
Ce phénomène se traduit par une inscription croissante des écarts de revenus dans l’espace. Les plus aisés se concentrent dans certains quartiers, communes ou territoires, créant des formes de séparation géographique qui accentuent la distance avec le reste de la société. À cette mise à l’écart résidentielle s’ajoute une séparation culturelle, nourrie par des habitudes, des réseaux et des références de plus en plus homogènes.
L’expression de « ghettos de riches » renvoie ainsi moins à une image provocatrice qu’à une dynamique de fermeture sociale. Quand les élites économiques vivent, se fréquentent et se reproduisent dans des univers de plus en plus distincts, les passerelles avec les autres groupes sociaux se réduisent. La richesse ne sert plus seulement à se distinguer, elle devient un principe de tri et de regroupement.
Cette évolution alimente une fracture sociale qui dépasse la seule question des inégalités matérielles. En éloignant physiquement et symboliquement les plus fortunés du reste de la population, elle peut affaiblir le sentiment d’appartenance commune et menacer la cohésion nationale. Le sujet met ainsi en lumière les effets politiques et sociaux d’une société où l’argent redessine de plus en plus les frontières du vivre-ensemble.