Sous le Sahara libyen, un immense réseau hydraulique de 4 000 kilomètres puise dans une réserve d’eau fossile présentée comme vieille de 100 000 ans. Enfouie sous les dunes, cette ressource provient d’anciennes pluies tombées durant un passé bien plus humide, puis stockées dans les profondeurs du sous-sol.

L’ensemble est souvent décrit comme un fleuve sans source, car il ne dépend pas d’un cours d’eau actuel ni de précipitations récentes. Ce système d’ingénierie permet encore d’acheminer l’eau vers des zones très arides et d’approvisionner des millions d’habitants dans un environnement où les ressources de surface sont extrêmement limitées.

Ce qui impressionne autant que l’ouvrage lui-même, c’est la nature de l’eau exploitée. Il ne s’agit pas d’une ressource facilement renouvelable à l’échelle humaine, mais d’un héritage géologique accumulé sur une très longue période. Autrement dit, cette eau souterraine soutient la vie aujourd’hui, tout en posant la question de sa durée réelle.

Le point central reste donc la fragilité de ce modèle. Tant que le pompage continue, la réserve diminue, et l’interrogation devient inévitable : que se passera-t-il lorsque cette eau fossile viendra à manquer ou deviendra plus difficile à extraire ? Derrière la prouesse technique, c’est toute la question de la soutenabilité de l’approvisionnement en eau dans le désert libyen qui se dessine.